Parmi les traits, la bouche est sacrée « Officier des entrées et sorties » — une porte, deux flux : le boire et le manger qui entrent, la parole qui sort. Ce que les anciens y lisaient, c'est justement le climat de ces deux flux : la manière de parler, de traiter autrui, de goûter la vie. « La bouche est la porte de la parole et le pivot de la faveur et du blâme », disent les manuels, et tout le folklore des lèvres se suspend à ce fil de l'expression et du sentiment.
Épaisses ou fines : les deux pôles du sentiment et de la phrase
Les lèvres pleines se lisent traditionnellement vers la chaleur et la substance : des mots parfois rares, mais de poids, et une loyauté massive une fois donnée. Les vieux livres notent en marge qu'un sentiment profond absorbe profondément — la page d'une blessure se tourne lentement. Les lèvres fines prennent le registre de l'éloquence : phrasé fluide, logique nette, main naturelle pour raisonner et négocier ; la même plume ajoute la note « sentiment filtré par la raison » — proximité dosée, chaleur plus lente à venir.
Les deux lèvres se lisent aussi séparément : dans le registre traditionnel, la supérieure gouverne l'affection et le don, l'inférieure l'appétit et la réception. Supérieure plus pleine : qui donne d'abord et prise le lien, dit la glose. Inférieure plus pleine : un pragmatisme posé, ses propres assises d'abord. Des lèvres équilibrées, fermées en couture nette, gagnent la formule classique « lèvre et bouche de concert » — le socle d'une bonne lecture de la bouche.
Lignes et coins : la lune levée et la barque renversée
Des coins naturellement relevés, fermés comme un croissant montant, forment la « bouche en lune levée » — lecture de premier rayon : optimisme qui rassemble, parole qui réchauffe, bonne table et bonne compagnie jamais loin, tient la tradition. Des coins qui retombent comme une coque retournée forment la « bouche en barque renversée », glosée en esprit soucieux et parole givrée. Les réserves d'usage valent ici double : étiquette culturelle de tendance, et pli des coins largement façonné par l'habitude expressive — les anciens disaient eux-mêmes « la bouche tourne avec le cœur » et refusaient d'y lire du définitif.
La taille a son registre propre. Grande bouche : hardiesse, oser dire et en répondre ; « une bouche à loger le poing » était l'hyperbole classique des futurs commandeurs. Petite bouche : soin et discrétion, mots comptés avant d'être dépensés, gardés une fois donnés. Un dessin net — arcs marqués, contours francs — se lit en expression ordonnée et sens de l'à-propos ; des contours doux et fondus, en compagnie accommodante qui ne dispute pas.
Le philtrum : le sillon au-dessus de la lèvre
Le canal vertical de la base du nez à la lèvre supérieure — le philtrum — occupe un siège à part : dans la carte des âges, il gouverne la cinquante et unième année, et par sa position il est la chaussée entre les sections médiane et inférieure du visage. La tradition le veut profond, long et droit, glosé en courant ininterrompu et en endurance pour la suite de la route ; peu marqué, la vieille lecture conseille d'engranger et de garder des marges. Les textes anciens le rattachent aussi à la famille et à la descendance, en trop de versions pour les concilier — on note le nom, on n'ouvre pas le dossier.
Du folklore des lèvres à la mesure
L'épaisseur des lèvres est au fond une affaire de rapport : les mêmes lèvres paraissent pleines sur un visage étroit, fines sur un visage large, et l'œil nu se laisse mener par l'impression d'ensemble. Les outils modernes mesurent sur photo la hauteur des lèvres contre celle du visage, la largeur de la bouche contre celle du nez, l'angle de la ligne des coins — et rangent « épais, fin, grand, petit » dans des tranches vérifiables avant de consulter les gloses. Même « lune levée ou barque renversée » se calcule, par la hauteur relative des coins et du centre de la lèvre — bien plus sûrement qu'à l'estime.
Pour clore : le folklore des lèvres et de la bouche est un récit culturel où les anciens ont écrit « expression et sentiment » sur le visage — le lire, c'est lire comment une tradition comprenait la communication et la chaleur humaine. Référence culturelle et divertissement uniquement ; jamais jugement ni conseil pour quiconque.